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L'usine marémotrice de la Rance est une centrale électrique tirant son énergie de la force de la marée. Elle se trouve à l’estuaire de la Rance, entre les communes de La Richardais et de Saint-Malo. Avec une capacité de 240 MW, elle est restée la plus grande usine marémotrice au monde pendant 45 ans, de sa mise en service en 1966 jusqu'au 4 août 2011, détrônée par la centrale de Sihwa Lake en Corée du Sud, légèrement plus puissante (254 MW). Le barrage sert également de pont routier entre Saint-Malo et Dinard.

L’idée de construire une usine marémotrice sur la Rance revient à Gérard Boisnoer, en 1921.
Un premier chantier d’usine marémotrice commença à l’Aber-Wrac'h dans le Finistère en 1925. Le projet fut abandonné une première fois par M. Le Troquer en 1928, pour être repris par M. Tardieu. Le chantier est abandonné, en 1930, faute de financement. Les plans de cette usine servent d’ébauche pour ceux de la suivante. L’utilisation de l’énergie des marées n’est cependant pas nouvelle, puisque de longue date des moulins à marée ont existé en des lieux touchés par la marée, et en particulier le long de la Rance.



Les premières études visant à la conception d’une nouvelle usine marémotrice sur l’estuaire de la Rance remontent à 1943, par la Société d’étude pour l’utilisation des marées (SEUM).
Les premiers travaux commencent en 1961. Louis Arretche, architecte de la reconstruction de Saint-Malo, en est l’architecte-conseil.
Les deux premières années, les travaux visent à créer une zone sèche où l’usine pourra être construite. Pour cela, deux batardeaux provisoires sont créés de part et d’autre du site actuel de l’usine. La construction de l’usine, proprement dite, débute le 20 juillet 1963, lorsque la Rance est entièrement coupée par des barrages formés de deux rangées de batardeaux.

Les travaux durent trois ans et s’achèvent en 1966. Charles de Gaulle, président de la république, inaugure l’usine le 26 novembre 1966. L’inauguration de la route franchissant l’usine a lieu le 1er juillet 1967 et le raccordement au réseau EDF, le 4 décembre 1967.
Le barrage s’étend sur 750 mètres, entre la pointe de la Brebis à l’ouest et la pointe de la Briantais à l’est. Il est situé au sud de Dinard et Saint-Malo, à l’embouchure du fleuve côtier de la Rance. Il crée un bassin de retenue d’une superficie de 22 km2. Au total, l’usine a coûté à l’époque 620 millions de francs (ce qui correspond à environ 788 millions d’euros de 2010).

Le barrage de l’usine mesure quant à lui 332,5 mètres et l'électricité est produite par 24 groupes bulbes (turbines) réversibles, permettant de produire de l'électricité par le mouvement des marées (dans les deux sens), ou de produire de l'énergie hydraulique en turbinant l’eau de la retenue.
Elle fournissait en 2012 selon EDF, 3,5 % de la consommation électrique de la Bretagne, laquelle ne produit que 9,3 % de l’électricité qu’elle consomme, le reste étant importé des régions voisines et étant principalement d’origine nucléaire.
Le marégraphe de Saint-Suliac, situé devant la pointe de Grainfolet, donne les hauteurs d’eau pour l’ensemble de l’estuaire de la Rance, en amont du barrage.

Une écluse dans la partie ouest du barrage permet le passage de 18 000 bateaux par an entre la Manche et la Rance. Un pont routier levant au-dessus de l'écluse permet le franchissement des navires de plus de 4 mètres de tirant d'air
Le barrage accueille aussi le musée Découverte de l'usine marémotrice de la Rance

Impact écologique

Immédiat
Transformant l’écosystème de la Rance, le barrage est responsable de son envasement progressif. Le lançon et la plie ont disparu, mais le bar et la "morgate" ou "margate" (seiche) remontent de nouveau le fleuve. En fait la faune s’est totalement transformée puisque les espèces plus petites et plus rapides constituent la majeure partie de la faune, leur vivacité permet de passer à travers les hélices du barrage, chose impossible pour les espèces « nobles » plus lentes.
Malgré cela, un veau marin a réussi à traverser le barrage, par l’écluse ou les groupes bulbes, et réside depuis 2001 dans le secteur de Mordreuc, malgré les multiples tentatives des vétérinaires d’Océanopolis de le réintroduire dans son environnement d’origine. Il a été rejoint en 2006 par un petit marsouin qui lui a élu domicile du côté de Jouvente.
On note également la présence d’espèces de poissons telles que dorades (grises et royales), mulets (lippus et dorés), raies (bouclées et fleuries), lieus jaunes, vieilles et même depuis quelques années de petits sars.

L’estuaire est soumis à des mouvements de marée dont les horaires dépendent de la stratégie d’exploitation d’EDF.
Autrefois, avant la construction du barrage (1963-1966), la dénivellation entre pleine mer et basse mer au port Saint-Jean atteignait 13,98 mètres (la hauteur de la pleine mer pouvait atteindre 0,25 m de plus qu’à Saint-Malo, mais elle accusait un retard de douze minutes sur celle enregistrée à Saint-Malo, à la tour Solidor). L’étale ne durait pas plus de quatre à cinq minutes. Le retard de la basse mer par rapport à la tour Solidor était très important et proportionnel au coefficient de la marée. Il était dû à l’écoulement des eaux de nombreuses baies, du cours naturel de la rivière et de la réserve constituée en amont du barrage du Châtelier. La basse mer n’avait pas d’étale.
Désormais, le barrage, usine marémotrice de la Rance, marne la mer avec une dénivellation entre pleine mer et basse mer qui atteint 7,50 m. Son amplitude va de 12 m maximum en pleine mer à 4,5 m minimum en basse mer. Les étales de pleine mer et de basse mer durent une heure environ. Cela a profondément modifié l’écosystème, les fonds marins, les marnages et les courants de l’estuaire de la Rance.

L’association COEUR Émeraude (Comité opérationnel des élus et des usagers de la Rance) a décidé EDF à faire un test exceptionnel de pleine-mer à 12,52 m, le vendredi 31 août 2007, entre 11 h 30 et midi, pour étudier son action sur l’environnement du haut des plages de l’estuaire de la Rance. Ce test a prouvé son utilité et sera renouvelé régulièrement.

Envasement
Le barrage de la Rance perd 1 % de sa capacité par an du fait de l’envasement qu’il provoque. L’envasement est si important qu’il menace la navigabilité de la Rance. Les accumulations de vase ont transformé les plages de sable blanc en vasières. Elles sont recouvertes d’une épaisse couche de vase pouvant atteindre 3 m. Cependant, le site de la Rance a été classé en zone Natura 2000.

Un site touristique et un pont
L’usine marémotrice de la Rance est un site touristique qui a attiré plus de 70 000 personnes en 2006. Le barrage abrite le musée Découverte de l'usine marémotrice de la Rance.
La route départementale 168 passe sur le barrage et permet aux véhicules de relier Dinard à Saint-Malo. Avant la construction du barrage, il était nécessaire de faire le détour par le pont Saint Hubert à Plouër-sur-Rance pour relier les deux villes en voiture.
Les fréquences d’éclusages pour les bateaux ont été restreintes en 2005 par le sous-préfet en faveur de la circulation automobile sur le barrage.

Visite du barrage de la Rance en Photos ? c'est par ici :

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